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Portrait Bénéficiaire : Suzanne

Publié le 13 octobre 2026

Portrait Bénéficiaire : Suzanne

En janvier dernier, Suzanne et quatre autres participantes clôturaient la session d’ateliers “chant lyrique” coordonné par le DAHLIR avec l’Opéra de la ville de Saint-Etienne. La suite s’est faite sans attendre pour Suzanne qui a retrouvé sa passion : le chant. En quelques mois, bien des choses ont changé.

Est-ce que tu peux nous parler de ton arrivée à Saint-Etienne ?

“Je suis arrivée en France, en 2019, d’abord à Lyon. Le trajet migratoire a été très compliqué. C’est un sujet dont je ne veux pas trop parler. Je ne connaissais pas ce pays. Je suis venue pour permettre à mon fils, qui est atteint de TSA et d’une malformation plantaire, de bénéficier d’un suivi.

Après être arrivée à Saint-Etienne, c’est l’association ACARS qui nous a accueillis. La situation devenait urgente. J’ai commencé à suivre des formations et à réaliser des stages. En parallèle, l’assistante sociale de l’ACARS me proposait de participer à certaines activités, pour que je sois moins seule, moins isolée. Parfois je participais à certaines activités, et d’autre fois, je me retirais parce que j’avais besoin de ça. Elle m’a aidé à trouver un accompagnement pour mon fils au CHU, et en IME. Ça a été très soulageant pour moi. ”

 

On se rappelle bien votre groupe de “chant lyrique” qui est né à l’hiver 2025 ainsi que de la représentation qui a suivi. Qu’est ce qui t’a donné l’envie de participer à ce projet ?

C’était un groupe où il y avait beaucoup de fou rire, où on se sentait bien. Je n’ai jamais manqué une séance. J’ai toujours fait le maximum pour être présente parce que je me sentais bien. C’est mon assistante sociale, un jour qui m’a dit : Suzanne, je t’ai inscrite au projet Chant lyrique, du DAHLIR. Je ne savais même pas ce que c’était, je n’avais pas idée. Pour moi, l’opéra, c’était un autre monde, pour les riches.

Lors de la première session, je me suis imaginée sur la scène, c’était quelque chose de vraiment grandiose. Quand j’ai publié sur TikTok, je me dis « Ah non, je vais chanter sur la scène de l’opéra et puis j’étais vraiment émerveillée, contente !”.

Je voulais apprendre. J’étais impatiente de découvrir le projet, de montrer de quoi j’étais capable aussi.

Il fallait faire du travail avec la voix. C’était nouveau pour moi. Je me sentais bien parce que Catherine, qui nous encadrait est une professionnelle qui savait ce dont j’avais besoin au niveau musical. Elle nous a accompagné tout du long pour oser entonner certains chants de La Flûte enchantée. C’était un projet ambitieux. On a aussi la chance de découvrir les coulisses de l’Opéra de Saint-Etienne : là où sont fabriqués les décors, les costumes et d’échanger avec les professionnels !

À chaque séance, on commençait par des exercices d’échauffement, de respiration puis on répétait les morceaux. On a créé un groupe WhatsApp avec les filles et Alice du DAHLIR pour s’entraîner entre chaque session et partager les enregistrements.

Dans ce groupe, des dames avaient des difficultés à lire les partitions en français mais là c’était très bien déjà de chanter en cœur. Il y avait aussi une assistante sociale de l’ACARS, mais on ne la considérait pas comme une assistante sociale, plus comme une amie, une collègue avec qui on pouvait avoir des fous rire et Alice du DAHLIR également. On était toutes stressées ensemble à l’idée de faire cette représentation finale face à un public, à l’opéra. Mais on était fières à la fin de l’avoir fait ! J’ai même chanté l’une de mes compositions.

 

Tu es passionnée de chant et tu avais déjà une certaine expérience dans ce domaine. Aujourd’hui, où en es-tu de cette activité ?

Lorsque j’étais en sixième, au Cameroun, on a fait des soirées d’élèves. C’est la première fois où j’ai commencé à faire des interprétations. Je devais avoir 12 ans environ j’étais avec d’autres camarades, c’était au club danse. Après, on a créé un groupe qu’on appelait les Floaty Girls. On a écrit des chansons. Et l’une d’entre elles nous a permis de remporter la deuxième place d’un grand concours d’artistes. Ensuite, on s’est produit à la radio, lors d’événements en présence du gouverneur. Puis quand j’ai eu 19-20 ans, j’ai commencé à participer à des castings de musique. Par la suite, j’écrivais mes chansons.

Et puis, il y a eu ce projet migratoire. Arrivée en France, j’ai lâché cette passion. J’avais plutôt tendance à rester chez moi, à m’occuper de mon fils et ne pas trop sortir. Je n’avais pas forcément envie de prendre soin de moi, je me suis renfermée. Je n’avais pas d’espoir. Je peux dire que je survivais en fait à ce moment-là. Mais après tout s’est enchaîné.

On a juste besoin de personnes qui croient en nous. Parce que dans notre cas, dans le foyer ou dans la vie en général, quand tu te retrouves sans titre de séjour, sans travail, c’est pas facile. La vie n’est vraiment pas facile. La dépression. Tu vieillis, tu ne prends pas soin de toi, tu n’es pas sûr de demain. Pour moi, l’opéra et la musique, ça a tout balayé en fait. Aujourd’hui, je sais que j’ai un futur.

Pendant les sessions de chant lyrique, on a parlé avec Alice du DAHLIR, de la suite. Au départ je lui ai demandé d’il serait possible de trouver un studio d’enregistrement et puis finalement elle a trouvé “Chantier mobile”. C’est une association, avec une diversité de nationalités, où chacune vient et peut chanter, tous les jeudis matin. On fait aussi des représentations. Après qu’Alice m’ait accompagné lors des deux premières séances, j’y suis allée toute seule, je prends le bus et j’ai entrainé une amie avec moi ! Maintenant, elle aussi elle ose monter sur scène. Elle m’a dit « Suzanne, merci parce que tu m’as donné le courage. »

 

Et d’autres voies se sont également ouvertes, tu veux bien nous en parler ?

Déjà, je vais poursuivre les cours avec Chantier Mobile et j’espère participer à un concours départemental, qui aura lieu début 2027. Fred, l’encadrant de Chantier Mobile m’encourage aussi à utiliser le studio d’enregistrement mis à disposition par l’association et à continuer de composer mes chansons.

Ensuite, fin octobre, je vais commencer un DUA, un Diplôme d’Accès aux études Universitaires avec l’université de Saint-Etienne. J’ai passé les tests avant l’été et j’ai été reçue ! Pour la suite, j’aimerais bien intégrer un BTS pour ensuite travailler dans une banque.

Cette action avec l’opéra ça a été une bénédiction pour moi parce qu’après, tout s’est ouvert en fait. Tout s’est enchaîné pour moi.

Le chant, c’est une passion. Je ne vois pas ma vie sans. Je vais faire des études et puis j’ai un compagnon, mais c’est entendu que moi, la musique, je ne vais pas passer à côté de cette opportunité-là.  Je ne savais pas comment faire pour remonter sur la scène. Mais grâce à Alice, tout s’est fait. Elle m’a aidé à intégrer le groupe de Chantier Mobile. Et Fred, l’encadrant me pousse, il me dit « Voilà, tu peux chanter, écrire.” Et grâce à lui, je vais faire un album cette année.

Si je devais encourager quelqu’un en difficulté à franchir ces portes, je lui dirais qu’il peut y avoir des obstacles. Mais ne vous arrêtez pas à ce que vous entendez. Allez-y, poussez, donnez-vous les moyens de réussir. C’est une confiance que tu construis chaque jour, ça te permet de dire je suis capable de faire ça !

 

“On a besoin de ces personnes qui croient en nous. Maintenant, je sais que j’ai un futur.”

 

 


Propos recueillis par Sidonie Joubert