Actions inspirantes | Insertion

Le cécifoot, ou comment créer des ponts entre le sport et la culture

Puy-de-Dôme (63)

Publié le 24 juillet 2026

Le cécifoot, ou comment créer des ponts entre le sport et la culture

La culture s’invite au sport au sein du DAHLIR !
Cette semaine, on vous propose un focus sur l’atelier animé par l’association Clermont Joker’s, à destination des bénéficiaires du dispositif Insertion. Une proposition qui a suscité notre curiosité, on vous raconte. 

Les voies artistiques et culturelles ne sont pas toujours les plus empruntées par nos bénéficiaires, non pas par manque d’intérêt, mais plutôt par timidité ou par manque de confiance sur le sujet. Nous nous intéressons donc aux initiatives qui utilisent le sport comme passerelle vers ce domaine. Et Clermont Joker’s propose justement d’utiliser le cécifoot à cet effet.

L’initiation a eu lieu sur quatre séances (réparties sur 2 créneaux), les 8 et 15 juin 2026, au stade Philippe Marcombes à Clermont-Ferrand.  Les participants y ont exploré leur créativité par le biais du cécifoot.
Au programme : mini-jeux autour du cécifoot, travail autour des sens, partages d’expérience et expression créative.

 

Le cécifoot, mode d’emploi  

Le cécifoot est une adaptation du football pour les personnes présentant une déficience visuelle. C’est une discipline paralympique qui se rapproche d’un foot à 5 mais avec quelques particularités. 

Dans ce sport collectif, deux équipes s’affrontent : les équipes sont composées de quatre joueurs de champ non-voyants ou malvoyants et d’un gardien de but voyant. Munis d’un bandeau occultant sur les yeux, les joueurs avancent sur le terrain, guidés par leur gardien, leur entraîneur et un guide placé derrière le but adverse.
Le ballon, quant à lui, contient des grelots, ce qui permet aux joueurs de le localiser grâce au son. 

 

Une découverte sensorielle 

Durant la première séance, les bénéficiaires se familiarisent par étapes au cécifoot. 
L’activité commence par l’expérience des masques occultants, chacun partage son ressenti, privé du sens de la vue. 
Ils évoquent des sensations étranges : certains se sentent perdus, d’autres isolés. Les expériences sont très différentes et singulières pour chaque personne. 

Progressivement, on intègre le ballon, les déplacements, les buts. A travers des mini-jeux, les participants testent les différents rôles : gardien, guide, joueur de champ. Au fil de l’initiation, la sensation liée au masque, mêlant appréhension et inconfort, disparaît. 

L’aspect compétitif crée une connexion entre les joueurs, chacun cherche à comprendre l’autre afin de mieux le guider. Cela permet de travailler des compétences clés : la communication, la confiance et la création de liens.  

 

Du sport collectif à l’expression créative 

La première séance a pour fonction d’accompagner les participants à se connecter à leurs sens afin de favoriser leur expression créative. Le cécifoot devient un outil de découverte sensorielle, qui permet d’amener les participants, d’un sport fédérateur à une activité culturelle.  

« On ne peut pas directement accrocher un groupe sur un atelier découverte des sens.
Il faut être déjà intéressé par le sujet pour vouloir faire un atelier aussi spécifique.
Alors que, finalement, le foot a quelque chose de populaire :
tout le monde aime le foot, c’est donc une bonne porte d’entrée. »
–  Dilane de l’association Clermont Joker’s
 

La suite du programme, pour la seconde séance, c’est atelier créatif. Toujours munis de leur masque occultant, les bénéficiaires explorent différents matériaux et disciplines (le pliage, le modelage et le dessin) comme supports pour raconter leur expérience.  

Pour clôturer l’initiation, ils sont invités à présenter leur création finale au groupe : chacun explique sa démarche. 
Le moment est ponctué d’éclats de rire, de complicité et d’applaudissements. L’un des bénéficiaires nous partage son ressenti :  

« C’est un sport où la confiance en soi est importante. Et elle est renforcée par le travail d’équipe.
Dans le noir, sans nos repères habituels, c’est l’esprit qui travaille. »
–  I., bénéficiaire du dispositif Insertion

 

Clermont Joker’s, une évolution en lien étroit avec leur approche 

Nous profitons de la pause pour échanger avec Théo et Dilane, tous deux joueurs de cécifoot, en situation de handicap visuel et membres de l’association Clermont Joker’s. Ils nous racontent comment l’approche artistique et sensorielle s’est mise en place au fil du temps. 

Au départ, le club Clermont Joker’s est né, en 2017, d’une passion commune : le foot. 

« L’objectif de l’association, c’est avant tout d’améliorer les conditions de vie des déficients visuels, à travers trois leviers. Le premier, c’est le sport : le cécifoot. 
Le second, c’est rendre la culture accessible aux déficients visuels. Et le troisième c’est la sensibilisation. Le but, c’est de changer le regard porté sur la déficience visuelle afin d’ouvrir d’autres perspectives. » – Théo de l’association Clermont Joker’s 

La partie créative s’est intégrée, plus tard, à la suite d’un constat : certaines personnes étaient attirées par les valeurs du club, mais ne se retrouvaient pas nécessairement dans son orientation sportive. 

Le club a donc décidé de mettre en place des activités permettant d’inclure de plus en plus de monde. 
Il s’est ainsi ouvert à des pratiques artistiques variées : la peinture, le dessin, la danse, la musique, le théâtre, etc. 

En 2024, deux expositions d’art ont été organisées avec des artistes déficients visuels. 

 

Un bilan positif pour l’intégration de la culture au sein du sport  

Ces séances et ces échanges ont enrichi et élargi notre regard sur les déficiences visuelles, sur l’apport de la dimension sensorielle au sein du sport et sur son lien avec l’expression émotionnelle et créative. Une découverte qui donne du sens à notre démarche : utiliser le sport comme levier vers la pratique culturelle.  Il permet d’amener progressivement les bénéficiaires à se connecter à leur créativité, en levant leurs freins psychologiques et parfois même en dévoilant une passion ou un talent caché ! 

Pour finir, nous avons décidé d’emprunter les mots de l’un de nos bénéficiaires :  

« Le mot de la fin, pour moi, c’est « apprendre », parce qu’on apprend tous les jours ». 

Une conclusion qui nous rappelle que chaque expérience est aussi une occasion d’apprendre et de grandir. 

Vivement les prochaines aventures créatives !

 

 


Article rédigé par Sidonie Joubert