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Albane Aumaitre, responsable de projet au DAHLIR, première lauréate du prix de thèse « Mobilisons les sciences face à la sédentarité »

National

Publié le 15 juillet 2026

Albane Aumaitre, responsable de projet au DAHLIR, première lauréate du prix de thèse « Mobilisons les sciences face à la sédentarité »

Nous sommes très fiers de notre Responsable Projet Insertion et Territoires à besoins spécifiques au DAHLIR, Albane, qui est lauréate du prix de thèse « Mobilisons les sciences face à la sédentarité » décerné par la Fondation d’Entreprise Harmonie Mutuelle, en partenariat avec l’ONAPS.

Le Prix de thèse vise à distinguer des travaux doctoraux contribuant à une meilleure compréhension de la sédentarité et de l’activité physique, ainsi qu’à leur effet sur la santé. Ouvert à l’ensemble des disciplines scientifiques (sciences de la santé, STAPS, sciences humaines et sociales, ingénierie, technologies, etc), il récompense des recherches susceptibles de favoriser le passage des connaissances scientifiques à des applications concrètes au bénéfice des populations. Les lauréats bénéficient d’une dotation financière destinée à soutenir la poursuite, la valorisation ou le déploiement de leurs travaux, ainsi que d’un accompagnement assuré par la Fondation Harmonie Mutuelle et l’ONAPS.

Les candidatures ont été évaluées sur leur impact social, leur capacité à modifier durablement les comportements face à la sédentarité, leur utilité collective et leur efficience. La cérémonie de remise des prix s’est déroulée le 2 juillet 2026, à Paris, au siège social de la Fondation Harmonie Mutuelle. Deux lauréats ont été sélectionnés dont Albane !
Une belle reconnaissance qui met en lumière la complexité et les bienfaits de l’accompagnement des publics vers la pratique de loisirs.
On a profité de l’événement pour l’interroger sur sa thèse et son parcours. On vous raconte tout !

 

Qu’est ce qui t’a donné envie de candidater ?

Plusieurs personnes de mon entourage m’ont envoyé l’appel à candidature pour le Prix de thèse, et m’ont encouragé à postuler : mes directeurs de thèse, Pr Rémi Gagnayre et Dre Aude Marie Foucaut, et également Carine Bonnal et Pierre-Emmanuel Baruch au DAHLIR. Ça m’a donné l’impulsion pour candidater.

C’était l’opportunité de communiquer sur la thèse, de valoriser les travaux de recherche. Cela me semblait important d’apporter une continuité à ce travail, afin de transférer les résultats dans des modules de formation et c’est ce que ce prix, entre autres, va permettre de faire. C’était aussi l’occasion de mettre en lumière toutes les personnes qui ont participé à ces recherches. C’est finalement une belle reconnaissance, de façon partagée, pour toutes les parties prenantes !

 

Tu as une idée de ce que vous allez faire avec cette enveloppe ?

Oui, cette dotation va permettre de créer, de mettre en œuvre et d’évaluer des modules de formation en Education Thérapeutique du Patient avec l’organisme IPCEM. Ces modules seront centrés autour de la question des comportements sédentaires, grâce, entre autres, aux travaux issus de la thèse. L’objectif est de former les professionnels de la santé afin que les patients puissent, eux aussi, en bénéficier.


En parlant du laboratoire, où as-tu passé ta thèse ?

C’était à l’Université Sorbonne Paris Nord, avec l’école doctorale Erasme, au sein du Laboratoire Education et Promotion de la Santé, à Bobigny.

 

Est-ce que tu peux nous en dire plus sur ta thèse façon « ma thèse en 180 secondes » ?

Elle porte sur les facteurs influençant les comportements sédentaires des personnes ayant vécu un cancer du sein, du poumon, de la prostate ou colorectal. Ces quatre localisations ont été choisies parce qu’elles sont les plus diagnostiquées en France et parce qu’il existe déjà de nombreuses études sur les comportements sédentaires et les bénéfices de l’activité physique sur ces pathologies. Cela nous permettait de nous appuyer sur une base solide.

Le constat initial, c’est que le diagnostic d’un cancer et le parcours de soins créent énormément de changements dans la vie des personnes. Les études montrent que, parmi ces changements, on trouve souvent ceux comportementaux, avec une baisse de l’activité physique et une augmentation des comportements sédentaires. Être moins sédentaire est recommandé, mais cela peut être très complexe à mettre en œuvre. Ainsi, après avoir exploré ce qui facilite et freine le style de vie actif global, nous avons mis en place un programme de 3 mois avec la Ligue contre le cancer, dans 9 départements différents. Nous avons étudié si c’était faisable, utile, ce qui marchait, ce qui marchait moins bien.

Cette thèse a été soutenue via un contrat doctoral avec l’Ecole doctorale ERASME, le comité départemental Seine Saint Denis de la Ligue contre le cancer, et la Fondation ARC.

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Quelle était la particularité de votre modèle ?

La plupart des modèles actuels sont très centrés sur l’individu ; ils mettent surtout en avant la motivation des personnes. Nous avons eu envie de proposer une approche socio-écologique, en nous intéressant aux facteurs environnementaux : l’éducation, le contexte social, l’offre d’activités physiques de proximité, l’accès aux transports, les remboursements existants ou non, etc.
L’objectif est de ne pas tout faire reposer sur les épaules des personnes. Forcément, on prend en compte les facteurs liés directement à la personne, mais on va surtout aller étudier son environnement et comprendre s’il est favorable, ou non, à la pratique d’une activité physique. La deuxième chose, c’est que l’on part ici du principe que changer de comportement, c’est quelque chose qui s’apprend : un peu comme les tables de multiplication. Nous avons donc ajouté une approche éducative, en nous inspirant de l’Education Thérapeutique du Patient.

 

Comment s’est déroulé votre recherche ?

Il y a d’abord eu une phase exploratoire, durant laquelle on est allé interroger les publics concernés sur ce qui favorisait ou freinait leur activité physique et leurs comportements sédentaires. On est parti des personnes, pour ensuite s’intéresser à leur éducation, leurs relations sociales, leur milieu de vie, l’accessibilité et le coût des transports, des offres, les caractéristiques de leur territoire, des professionnels qu’elles avaient pu côtoyer, leur sensibilité aux messages de prévention etc. Bref, on a fouillé un peu dans tout ce qui gravitait autour d’elles. Enfin, on a demandé aux personnes comment elles souhaiteraient être accompagnées vers un style de vie actif.

Cela nous a permis de construire un programme éducatif d’accompagnement, en lien avec leurs attentes et besoins. Nous avons travaillé avec 9 comités départementaux de la Ligue contre le cancer, répartis dans 9 départements, afin d’observer si le contexte territorial pouvait influencer les résultats. J’ai été coordinatrice du projet et accompagnante. Cela m’a permis d’avoir, à la fois un point de vue axé recherche, et un regard de terrain. L’accompagnement s’articulait autour de l’éducation thérapeutique du patient, des entretiens motivationnels et l’activité physique adaptée.

 

Quel était l’objectif du programme ?

C’était, principalement, d’aider les participants à prendre conscience des facteurs influençant leur activité physique et leurs comportements sédentaires. Le but était de leur permettre d’identifier ce qui relevait de leur pouvoir d’action et ce qui dépendait de facteurs extérieurs, le tout pour faire des choix éclairés. Ils ont ainsi pu comprendre que leur comportement ne reposait pas uniquement sur leur responsabilité individuelle.

 

Quel était ton rôle auprès de ces personnes durant le programme ?

En tant qu’accompagnante, mon rôle était de proposer une prise de recul pour chaque personne sur son quotidien et identifier avec elles quels étaient les leviers et les obstacles en faveur d’un mode de vie moins sédentaire et plus actif. Ensuite, l’enjeu était de faire le lien entre leurs besoins, leurs projets, les offres du territoire et leurs droits. Par exemple, quand ils abordaient leurs difficultés financières, qui leur empêchaient de financer un vélo ou une licence d’activité physique, je les accompagnais à réaliser des démarches auprès de leur mutuelle ou de leur employeur (si elles étaient en activité), afin qu’elles puissent faire valoir leurs droits. Parfois, les personnes étaient déjà sur-sollicitées par les nombreuses démarches médicales dans leur parcours de soin, elles n’avaient pas forcément connaissance de leurs droits ou de comment les activer. Pour certaines personnes il y a aussi, malgré la motivation, la barrière de la langue ou l’accès à la technologie qui entrent en jeu.

Le but, c’était de faire le lien entre leurs besoins, leurs droits et les ressources existantes sur leur territoire.

 

Cette expérience fait écho avec ton travail au DAHLIR ?

Absolument. Comme je l’expliquais précédemment, j’accompagnais les personnes à développer des compétences, à faire des choix éclairés au regard de ce qui existe autour d’elles, je faisais le lien entre leurs besoins, leurs envies et ce qui se faisait sur le territoire. Et finalement, j’avais ça en tête lors de mes recherches d’emploi et quand j’ai vu l’offre pour mon poste au DAHLIR, la description correspondait exactement à ce que je faisais pendant ma thèse !

Actuellement je suis orientée sur les thématiques insertion, quartiers prioritaires et zones rurales, ce qui fait aussi le lien avec mon travail de recherche. En effet, on a mis en place le programme sur 9 départements différents, ce qui m’a permis de voir les différences selon les territoires et également d’être confrontée à la question de la grande précarité financière, qui est un gros sujet dans ma thèse et également au DAHLIR.

 

Pour conclure, est-ce que tu as envie de nous partager ce que tu ressens par rapport à ce prix ?

Je suis évidemment très reconnaissante envers la Fondation d’entreprise Harmonie Mutuelle et l’ONAPS, qui vont permettre de faire avancer la recherche et de faire vivre le projet au-delà du doctorat. C’est une super avancée pour la reconnaissance des comportements sédentaires comme partie intégrante du style de vie actif !

Je suis très contente, et surtout, remplie de gratitude envers les personnes qui ont participé au projet. Je ne considère pas avoir fait cette thèse seule ; elle est le résultat de la diversité des points de vue des personnes qui ont participé à ce travail de recherche. Ce sont des personnes qui ont vécu la maladie et qui ont mis beaucoup de temps et d’énergie dans ce projet, elles se sont énormément impliquées. Elles m’ont beaucoup apporté d’un point de vue humain, comme en termes de perception de la vie, de mentalité etc. Quand j’ai eu la nouvelle de ce prix, ça m’a beaucoup émue par rapport à elles, de pouvoir les mettre en lumière. Il y a aussi l’ensemble des acteurs qui ont permis la mise en place du projet : les enseignants en APA, les différents organismes ayant participé au recrutement des personnes, les comités départementaux de la Ligue nationale contre le cancer et les partenaires.

Il y a aussi ma direction de thèse, qui était très bienveillante, et qui a beaucoup contribué à l’obtention de ce prix.

Je pense aussi au comité Seine-Saint-Denis de la Ligue contre le cancer, qui a été un soutien sur tous les plans, tout au long du projet, et m’a permis de merveilleuses rencontres.

Enfin, cela m’a fait réaliser (ou plutôt confirmer) à quel point mon entourage a été précieux dans cette aventure. Mes parents et mes amis ont fait partie de l’aventure en tant que soutiens. Pour l’anecdote, mon père, récemment retraité, c’est auto-proclamé mon coworker. Quand je passais chez mes parents, il s’installait en face de moi et faisait ses mots croisés ou des puzzles en même temps que je travaillais. Le fait que l’on soit en train de travailler tous les deux, côte à côte, c’était vraiment chouette.

Finalement le prix me rappelle toutes ces choses là combinées et il a permis de dessiner mon parcours professionnel.

 

 

© Crédit photo : Fondation d’Entreprise Harmonie Mutuelle


Article rédigé par Sidonie Joubert