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Trouver sa voix à l’Opéra

Loire (42)

Publié le 10 février 2026

Trouver sa voix à l’Opéra

Pousser les portes de l’Opéra et oser faire entendre sa voix. À Saint-Étienne, cinq femmes accompagnées par le DAHLIR et de l'association ACARS ont vécu une belle aventure artistique.

Lundi 5 janvier 2026, c’est la dernière séance “Chant Lyrique” pour nos bénéficiaires accompagnés par l’association ACARS, de Saint-Etienne. Tout un programme qui leur a permis de retrouver de l’espoir, l’envie d’oser et découvrir. 

10H – Parvis de l’Opéra de Saint-Etienne. 

C’est sur les hauteurs de la ville qu’Alice du DAHLIR, m’accueille pour cette dernière séance. Avec les cinq participantes et leur référente sociale, Karima, nous filons dans les coulisses. Elles, sont déjà habituées et semblent connaître le chemin comme leur poche. Après huit ateliers d’initiation au chant lyrique, elles se préparent à dévoiler leurs apprentissages face au public, lors d’une représentation.  

10H15 – Salle de répétition, Opéra de Saint-Etienne. 

 

Dans cette pièce nimbée d’une lumière hivernale, la mélodie du piano retentit. On se sent coupées du monde, dans une atmosphère particulière, un cocon rassurant. Concentrées, nos 5 bénéficiaires, ainsi qu’Alice et Karima échauffent leurs voix, sur les conseils et exercices de Catherine, chanteuse lyrique à l’Opéra. 

Allez jusqu’en haut ! Allez, on la refait encore une fois en marchant. Il faut vous a-mu-ser !” 

Pour la première fois, Mathilde, pianiste, les accompagne. Ce sont les participantes qui ont demandé s’il serait possible de réaliser une représentation, à l’issue des 8 séances.  Depuis le mois d’octobre 2025, Karima, Suzanne, Divanice, Khéira, Titilope n’ont manqué aucun atelier. La Flûte enchantée n’a presque plus aucun secret pour elles.  

“C’est une joie de chanter et de chanter fort, de se mettre au mouvement, explique Kheira. Et puis, maintenant je prends des cours de FLE*, alors ça aide et ça rythme les journées.” 

*FLE : Français langue Etrangère 

Aujourd’hui, le programme de l’atelier est un peu différent. 

Habituellement, Clarisse, médiatrice au sein de l’Opéra accueille les participantes et la séance est préparée d’une main de maître :  

  • D’abord, la visite d’un espace de travail et de son corps de métier. Ainsi, la costumière, le technicien son-lumière de l’Opéra ont parlé de leurs quotidiens, la façon dont ils travaillent. Les participantes les ont questionnés et ont longuement échangé avec eux. 
  • Puis, il est l’heure de retrouver Catherine pour l’atelier chant lyrique. Les échauffements permettent progressivement de prendre confiance, de s’affirmer au travers de gestes répétés, de mouvements du corps, d’exercices en chantant. Enfin, la partition de La Flûte enchantée à la main, elles décortiquent certains morceaux et petit à petit osent élever la voix durant les morceaux. “À l’aide ! À l’aide ! Sinon je suis perdu !”, “Je suis l’oiseleur” font partie des airs travaillés durant les séances, que les participantes vont nous chanter aujourd’hui.  

Ce lundi 5 janvier est un peu particulier : Suzanne, Divanice, Khéira, Titilope, accompagnés de Karima, d’Alice, de Clarisse, de Catherine et de Mathilde dévoileront durant l’après-midi le résultat de ces ateliers. Suzanne profitera également de moment pour réaliser un solo.  

“J’aimais déjà la musique avant l’opéra, ça me permet de revivre des instants passés. J’ai déjà fait des compétitions de musique. Et là, ce programme avec le DAHLIR et l’Opéra, c’est une très belle occasion. J’ai même mis en statut whats app “Je suis à l’opéra”. Et puis, ça nous aide aussi, nous les femmes, à avoir de l’espoir. On sort de la maison, de notre quotidien. La situation administrative met du temps à évoluer, on se sent inutiles, vieilles. D’autres vivent et pas toi. Là, on fait quelque chose d’intéressant, l’activité nous plaît ! On a l’impression d’avancer, ça enlève la pression.” 

Pour Karima, la référente sociale de l’association ACARS, ce genre de programme permet de travailler l’engagement et d’aller plus loin dans la démarche : “Alice les accompagne en parallèle pour trouver des missions de bénévolat dans lesquelles elles peuvent s’investir. Et c’est très valorisant, car pour l’instant certaines ne peuvent pas travailler.” 

Depuis le début du programme, les progrès sont visibles : au départ, elles étaient plutôt discrètes et se connaissaient peu. Une complicité est née. Elles osent plus, elles se sont ouvertes. C’est la première fois, qu’elles se rendaient à l’Opéra. Un lieu, de prime abord, prestigieux. Aujourd’hui, celui-ci leur semble plus accessible. Certaines envisagent même de venir avec leurs enfants pour leur faire découvrir des ateliers et séances.  

13h30 – Salle de pause, Opéra de Saint-Etienne. 

Après un déjeuner sur le pouce et un partage de desserts, il est l’heure d’enfiler les costumes prêtés par l’Opéra et d’opérer un dernier filage. 

Suzanne profite des quelques minutes restantes pour s’entraîner à nouveau à son solo, en compagnie de Mathilde.  

L’heure approche, les premiers membres du public commencent à arriver. Toutes se serrent les mains pour s’encourager. 

14h – Salle de répétition, Opéra de Saint-Etienne. 

La salle se remplit progressivement entre les professionnels de l’ACARS, de l’Opéra, du DAHLIR et des institutions venues découvrir cette restitution.  

Les chanteuses entrent en scène, avec leur énergie caractéristique. Si le stress était présent en commençant, elles s’en libèrent et restent concentrées sur leur représentation et la voix de Catherine qui les guide. Le final de Suzanne, à partir d’une composition qu’elle a écrite, fait frissonner la salle.  

Cette dernière séance ouvre une nouvelle page pour nos participantes, ainsi que pour chaque professionnel qui a contribué au projet. Chacun en ressort ému, grandi et l’envie de découvrir, d’accomplir de nouvelles actions ! 

 

 


Article rédigé par Anastasia Dru